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Et si nous pouvions tout apprendre ?

3 avril 2018 - 5 minutes

Nawal Abboub,PHD

Co-Founder & Chief Science Officer @Risinguparis,
PhD Cognitive Neuroscience.

« Apprendre c’est pas pour moi, de toute façon j’ai toujours été nul à l’école », ou encore « je ne suis pas capable d’apprendre ça, je ne l’ai jamais été et je ne le serai jamais !»! Qui n’a pas déjà entendu une de ces phrases et/ou l’a, plus ou moins, acquiescée ?

 

A l’heure de l’émergence des nouvelles technologies, des grandes transformations des organisations privées et publiques–mais pas que-, la nécessité de devoir s’adapter rapidement à des environnements en pleine mutation est plus que jamais présente ! D’ailleurs, les fondations de cette capacité à s’adapter reposent justement en grande partie sur nos compétences d’apprentissage. Malheureusement, nous relions encore bien trop souvent le mot « apprendre » à des périodes restreintes dans le temps, à un domaine en particulier ou accessible qu’à une certaine « élite ». Nous pensons même parfois qu’il y a des limites infranchissables ! Mais sont-elles aussi limitées que nous le croyons ?

 

Que nous disent les sciences cognitives à propos de nos capacités d’apprentissage ?

 

Apprendre c’est un outil intrinsèque à notre manière d’exister! Et cette capacité est loin de se résumer à la période de nos apprentissages scolaires, réservée exclusivement à l’enfance ou l’adolescence, restreint à certains domaines privilégiés ou possible que pour certaines personnes. Les sciences cognitives nous ont révélé que nous apprenons TOUS, tout le temps, tous les jours et toutes les secondes ! Pourquoi ? Parce que nous sommes programmés pour apprendre ! Nous traitons en permanence, sans que nous en ayons nécessairement conscience, les informations de notre environnement : nous essayons de comprendre les règles qui les régissent pour ainsi mieux nous adapter.

 

Cette capacité à apprendre de notre environnement repose sur une circuiterie neuronale qui s’est complexifiée à travers le temps pour nous doter d’outils incroyablement efficaces. Ce phénomène repose sur une propriété particulière de nos neurones : leur plasticité (1) ! Suite à nos apprentissages nos réseaux de neurones se réorganisent : des connexions -les sites où les signaux nerveux se transmettent à travers les neurones-ou aussi appelés synapses– sont renforcés, d’autres s’affaiblissent.

Synapse, Brown University Wiki

 

Lorsque nos connexions se renforcent suite à un nouvel apprentissage, d’autres modifications au niveau de nos synapses apparaissent. En effet, au fur et à mesure, la gaine de « myéline » qui entoure nos neurones va s’épaissir et cela aura pour conséquence de conduire plus efficacement les informations (2). Autrement dit, plus nous allons nous entrainer et répéter l’apprentissage plus nous allons renforcer nos réseaux neuronaux et plus l’information va être conduite rapidement. Ainsi nous maitriserons de mieux en mieux ces nouvelles compétences. Mais à partir de quand ces propriétés sont-elles présentes et ont-elles une durée de vie limitée ?

 

Les propriétés « malléables » de nos neurones sont fonctionnelles avant même notre naissance et sont très puissantes dans l’enfance! En effet, de récentes recherches ont montré que le cerveau des fœtus commencent dès le troisième trimestre de grossesse à apprendre des caractéristiques très fines de leur(s) langue(s) maternelle(s) tout en modulant l’activité de leurs réseaux neuronaux à la naissance (3, 4).

 

Mais ces propriétés ne sont pas réservées à l’enfance, ni limité dans le temps ! Si nous adulte, décidons de nous mettre à apprendre à jongler ou à utiliser cette nouvelle application sur notre téléphone ou même à apprendre un nouveau métier alors de subtiles altérations vont également apparaitre au niveau de nos synapses pour soutenir ce nouvel apprentissage (5). La plasticité cérébrale chez l’adulte est bien plus importante qu’il n’était admis par la communauté neuroscientifique il y a quelques années (6, 7 pour la récente controverse). Ainsi maitriser parfaitement une nouvelle compétence nous est possible ! Cette « rigidité cérébrale», où tout serait figé et immuable quand nous sommes adultes, trop souvent mis en avant dans nos problèmes d’apprentissages, n’est pas une réalité biologique !

Visual Cortical Network, MIT Press

 

Donc rien n’est limité dans le temps ou limité à un domaine d’expertise, nous pouvons apprendre tout au long de notre vie, nous avons l’équipement neurobiologique pour cela. D’ailleurs si le cerveau humain est si puissant, c’est justement parce qu’il est extrêmement sensible aux expériences et à son environnement et ce tout au long de la vie ! Certes il est vrai le cerveau de l’enfant est extrêmement flexible et se modifie facilement et rapidementmais il est relativement instable. Le cerveau d’un adulte est quand à lui parfois un peu plus rigide compte tenu de son l’expérience accumulée, mais il est plus efficace et plus stable pouvant soutenir des apprentissages très complexes (8).

 

Utilisons ces clefs issues des connaissances en sciences cognitives qui sont cruciales, notamment pour mieux apprendre, améliorer ses compétences ou encore pour mieux s’adapter dans un environnement très changeant. A l’heure où les métiers de demain n’existent pas encore, où nos capacités d’apprentissage sont le moteur de la transformation de nos organisations, nous devons ré-apprivoiser cette notion d’apprentissage que nous avons parfois entouré de trop nombreuses contraintes ou limites. Il faut les remettre au centre de nos réflexions, s’en saisir pour les mettre au service d’une ambition commune.

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Réferences

1. Abbott LF, Nelson SB (2000) Synaptic plasticity: Taming the beast. Nat Neurosci 3:1178–1183.

2. Hill RA, Li AM, Grutzendler J (2018) Lifelong cortical myelin plasticity and age-related degeneration in the live mammalian brain. Nat Neurosci.

3. Abboub N, Nazzi T, Gervain J (2016) Prosodic grouping at birth. Brain Lang 162:46–59.

4. Partanen E et al. (2013) Learning-induced neural plasticity of speech processing before birth. Proc Natl Acad Sci U S A 110:15145–15150.

5. Maguire EA et al. (2000) Navigation-related structural change in the hippocampi of taxi drivers. Proc Natl Acad Sci 97:4398–4403.

6. Sorrells SF et al. (2018) Human hippocampal neurogenesis drops sharply in children to undetectable levels in adults. Nature.

7. Kempermann G, Kuhn HG, Gage FH (1997) More hippocampal neurons in adult mice living in an enriched environment. Nature 386:493–495.

8. Casey BJ, Tottenham N, Liston C, Durston S (2005) Imaging the developing brain: What have we learned about cognitive development? Trends Cogn Sci 9:104–110.

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